LE SITE D’ ALAN

RACE LATINE. Les Français jusqu'en 1200.


Sous la terre française, comme partout ailleurs, on trouve des outils de pierre et des ossements, premiers témoignages de l'existence humaine. Dans les parties montagneuses de notre pays, surtout dans la Dordogne, on ne trouve ces spécimens que dans des cavernes situées au midi, mais jamais dans celles qui s'ouvrent au nord. Les habitants primitifs de notre pays vivaient à l'époque où les éléphants peuplaient les forêts, où les aurochs et les rennes séjournaient dans les prairies. Nous en avons la preuve par les ossements et par les figures d'animaux qui s'y trouvent gravées avec le silex par les hommes de ce temps. On peut parfaitement distinguer la nature des animaux : d'où l'on peut conclure que le goût artistique est inné chez l'homme. Les animaux y sont toujours représentés en mouvement et de profil. Ils marchent ou courent, volent ou nagent presque toujours de droite à gauche. Ce goût instinctif paraît s'être affaibli dans la suite, car, aux époques plus avancées, on ne rencontre plus aucune trace de ces représentations de la nature. Ces os sculptés ont dû servir de parures, car ils sont munis de trous et d'anneaux; on trouve percés également des osselets, des coquillages et des arêtes de poissons. Les armes et les outils primitifs étaient faits d'éclats tranchants de cailloux et de silex, ainsi que d'os pointus (17. 9 à 11, 13 à 15, 26 à 28). On ne trouve point de restes d'animaux domestiques dans les cavernes, mais dans les constructions sur pilotis d'une période postérieure.

Les groupes disséminés de la population primitive firent place à une race plus forte et plus intelligente qui est venue sans doute des hauts plateaux de l'Asie et s'est répandue sur le sol de la France avant les Celtes. Les traces des plus anciens Celtes ne doivent plus être recherchées dans les cavernes, mais dans les dolmens qui remontent peut-être à l'époque de Sésostris : ce sont des tumulus très élevés entourés de pierres souvent énormes, dont la cavité est généralement fermée par des plaques de pierre. Les dolmens contiennent des outils de pierre de formes régulières et souvent d'origine étrangère, des parures de coquillages importées également de l'étranger, ou de disques de pierre molle et de terre cuite, ainsi que des os d'ours, de chiens et de sangliers. De tous les métaux, l'or, le premier, fut le serviteur et le maître des hommes. On trouve l'or travaillé en bracelets, en anneaux de jambes, en ceintures et en cercles de cou. Ces derniers étaient la parure réservée aux chefs d'armées. Le travail en est d'une grande simplicité : il consiste souvent en une simple baguette mince avec des lignes gravées, assez longue pour faire plusieurs fois le tour du bras ou de la jambe. Les Celtes, eux aussi, se tatouaient. Des marchands étrangers, des Phéniciens, des Liguriens et des Étrusques, apportaient dans le pays des produits d'une culture plus avancée, tels que de la verrerie, du corail, de l'ambre et surtout des bijoux mieux travaillés et des armes faites de ce mélange si brillant de cuivre et d'étain, le bronze, qui ressemble tant à l'or. Les races celtiques qui, sur le sol français, prirent le nom de Gaulois, apprirent à fondre et à polir; les Gaulois montrèrent surtout leur goût natif dans la fabrication des étoffes; par l'entrecroisement des fils et la variation des couleurs, ils produisirent les tissus les plus variés, des lainages rayés, carrés et fleuris, et reproduisirent en quelque sorte sur leurs vêtements le tatouage de leur corps. La peau de bête, dans laquelle les Germains s'enveloppaient encore à l'époque de leur contact avec les Romains, était depuis longtemps disparue chez les Gaulois; ceux-ci portaient de longs pantalons (Bracca;, Braies) qui, à en juger d'après les représentations plastiques, étaient complètement collants (17. 1); en outre on portait un petit manteau quadrillé Sagum, Saie), sous lequel le buste et les bras restaient nus, et enfin des souliers fermés, en cuir, avec d'épaisses semelles (Gallicœ, Galoches). Le costume des Celtes du Danube, comme on le trouve représenté sur les monuments romains, se composait d'un pantalon assez ample attaché aux chevilles (17. 16,), d'un manteau de coupe demi-circulaire et d'un habit à courtes manches avec ceinture. Les couleurs vives des vêtements firent place, au delà de la Garonne, parmi les Aquitains, race mélangée de sang ibérien, à la couleur noire ou brune. Le Gaulois pur sang était très fier de sa coiffure; il se relevait les cheveux sur le haut de la tête, les liait et les laissait retomber sur la nuque comme une crinière; il les teignait d'un rouge vif avec un onguent de graisse de chèvre et d'une lessive de cendre de hêtre. Il portait la barbe comme un bouc; les gentilshommes ne portaient que la moustache, quelquefois l'impériale seule. Nous avons peu de renseignements sur le costume des femmes. Un monument qui se trouve dans la villa Ludovici représente un Gaulois s'enfonçant dans la poitrine le poignard avec lequel il vient de tuer sa femme (17. 19); la femme est vêtue d'un manteau qui n'est pas plus grand qu'un fichu et d'une « Tunica » courte, sans manches, sur un vêtement tombant jusqu'aux chevilles. La robe d'une Gauloise figurant sur une monnaie romaine est longue aussi et sans manches; nous la trouvons encore absolument pareille dans les sculptures tumulaires de l'époque romaine (17. 57). Sur l'arc de triomphe d'Orange se trouvent représentées quelques femmes gauloises, nues jusqu'à la ceinture, vêtues d'un jupon et d'un grand manteau. Dans les tombeaux on a recueilli des squelettes féminins avec des cercles de cou, des bracelets, (17. 40), des agrafes (17. 46), de longues épingles à cheveux (17. 35) ainsi que des bagues et des boucles d'oreilles. Sur les monuments romains les femmes des Celtes du Danube portent un long vête­ment à manches col­lantes, une courte « Tu­nica» attachée aux hanches avec des man­ches demi-longues ou retroussées, les pieds sont nus, la chevelure tombe librement (17. 12). Le costume guerrier des Gaulois paraît avoir été assez simple. L'arme défensive la plus ancienne était uniquement un bouclier en vannerie ou en planches légères; ce bouclier était de for­mes différentes, rectan­gulaire, plus large au milieu qu'au bord ou bien ovale; il était ren­forcé dans toute sa lon­gueur par une bande de métal, au milieu de laquelle était fixée une boucle (17. 29. 30). Ce bouclier couvrait le Gaulois complètement nu, qui allait même au combat sans le moindre vêtement (17. 1). Plus tard il adopta la cuirasse ; celle-ci se composait de trois plaques flexibles de métal cousues sur l'habit, deux sur le haut des épaules, les autres sur les hanches, de sorte que le milieu de la poi­trine restait à découvert (17. 3. 7. 8). Dans la suite, on fit la cuirasse de deux morceaux en­tiers couvrant la poitrine  et le dos (17. 20. 21. 42). La cotte de mailles est aussi d'invention gauloise; elle se composait de petits anneaux de fer joints les uns dans les autres. Quelques anneaux plus grands protégeaient le bras; au lieu des an­neaux, on mettait aussi des tuyaux de bois ou de métal (17. 41); ces tuyaux protecteurs étaient dou­blés. Les chefs seuls portaient des casques. Nous possédons encore quelques casques de cette époque (17. 22. 23. 25); ils sont coniques, bombés ou pointus, sans visière ni bavolet, avec crêtes; les casques sont garnis, devant et derrière, de petits tuyaux dans lesquels on enfonçait probablement des plumets ou des pompons de laine multicolore. Dans les derniers temps de la République romaine, le casque était souvent muni d'immenses cornes (17. 24), de deux ailes (17. 42), ou d'une figure d'animal; le bouclier était aussi couvert en entier de brillants ornements faits de plaques de métal. Nous connaissons mieux les armes offensives des Gaulois. Ils avaient différentes espèces de glaives, un glaive court ressemblant à celui des Grecs, un glaive à trois tranchants sans fourreau, et un glaive pointu (17. 31 à 33); les lames de ce glaive étaient souvent recourbées. Les glaives se portaient toujours au côté droit (17. 42) et s'attachaient par une chaîne sur l'épaule ou à la ceinture (17. 47). La lance, le javelot et l'arc étaient leurs armes à projectiles. A remarquer parmi les javelots le«Kelt», une lame droite en forme de ciseau avec une douille (17. 38) dans laquelle se trouvent des anneaux mobiles ou fixes. C'est cette arme tant discutée dans laquelle on veut reconnaître la « Framea. » L'étendard de guerre des Gaulois montrait l'image d'un sanglier (17. 3. 34) rappelant les casques des Germains du nord et des Anglo-Saxons (17. 3. 34). Le cheval aussi était armé comme son maître; il portait la boucle, les plaquettes et les chaînettes sur le poitrail et la croupe (17. 42 à 43, 48).

Le clergé des Gaulois, comme celui des Celtes en général, se divisait en trois classes : les Druides, les Bardes et les Ovydds. Le costume des Druides ou des prêtres proprement dits était de toile pure écrue, qui passait pour l'emblème de la vérité immuable. Le costume se composait d'un ample vêtement de dessus, généralement muni de manches; on l'attachait légèrement sous les hanches par une ceinture (17. 55) et d'un manteau flottant de coupe demi-circulaire ou rectangulaire. Pour le distinguer du manteau profane, on le fixait sur l'épaule gauche par un anneau, à travers lequel on passait une partie du bord droit, à l'endroit où s'y joignait le bord gauche. Le grand prêtre portait des souliers avec une étoile à cinq rayons (pied du druide), une tiare d'or pointue, ou, à la place de celle-ci, une couronne de feuilles de chêne fraîches, un sceptre à gros pommeau, un œuf de serpent enchâssé dans de l'or et une faucille d'or (comp. 3. 51) destinée à faucher le gui sacré. L'ampleur et la richesse du costume marquaient les différentes classes du clergé. Les bardes portaient un vêtement long « bleu comme le ciel » ou « brun comme la terre; » les Ovydds astronomes et médecins s'habillaient de vêtements collants de couleur verte, la couleur de la nature (17.54) ; leur manteau était court comme une pèlerine. Tous les prêtres devaient porter la chevelure courte et la barbe longue; ceux d'une classe inférieure avaient des vêtements bigarrés de blanc, bleu et vert. Il y avait aussi des prêtresses (17. 57. 58). Les documents plastiques du costume sacerdotal datent tous de l'époque romaine; on y trouve l'habit à capuchon (17. 56) et le petit manteau « Schaube » qui ne fut répandu qu'à partir du moyen âge chrétien.

Après la conquête du pays gaulois par les Romains, un grand changement s'opéra dans le costume du peuple vaincu. Les fonctionnaires nouveaux adoptèrent la toge. Il s'opéra alors un mélange du costume national avec le costume romain. Les figures des IIe et IIIe siècles nous montrent qu'on portait alors des pantalons et d'étroites tuniques (17. 2. 6); on distingue souvent sur les figures de bronze des dessins quadrillés ou fleuris qui prouvent que les tissus bigarrés subsistaient toujours. La « Tunica » collante tendait à s'élargir et à s'allonger, au lieu d'être ouverte en haut par une fente sur la poitrine, on l'ouvrait maintenant par devant dans toute sa longueur (17. 4. 5); elle fut ainsi transformée en un habit sans boutons ni col que l'on était obligé de fermer par une ceinture. César dit que cet habit s'appelait « Cara-callus » (ou Caracalla); on l'allongeait jusque sur les pieds et on le porta ainsi, au IVe siècle, dans tout l'Empire romain. Déjà, au IIe siècle, tous les vêtements romains étaient portés par les Gau­lois. La longue « Tunica » tombant jusqu'aux pieds, ceinte ou flottante (18. 6), était en usage aussi, ainsi que la « Tunica» plus courte comme vêtement de dessous; cette dernière avait des manches demi-longues ou n'en avait pas du tout; dans cette dernière forme elle s'appelait « Kolobium » et ressemblait à un sac, ayant en haut et des deux côtés des fentes pour la tête et les bras. L'or­nement de la « Tunica » consistait en deux bandes verticales, qui, d'a­bord de pourpre et d'or, ne reve­naient qu'aux dignitaires, mais qui devenaient, plus tard, générales et étaient de mode dans toutes les couleurs. A ces bandes s'ajoutaient encore des morceaux d'étoffes de couleur, ronds, carrés ou en coin; ces morceaux étaient souvent brodés et se cousaient sur les épaules, la poitrine ou au bord inférieur de la « Tunica » (comp. 24. 15.16.). Les Gaulois se garantissaient de la pluie avec la « Pœnula » de laine à longs poils, qui avait la forme d'une ample blouse sans manches avec capuchon (18. 1),               ainsi qu'avec la « Lacerne », qui ressemblait à la « Tunica », mais qui avait des fentes pour les bras (18. 5). Les Gaulois portaient aussi à cette époque un vêtement, appelé « Bardocuculus », ample pèlerine avec capuchon (18.4. 19. 5); ils mettaient encore sous ce « Bar­docuculus » une couverture carrée en laine (18. 3) et fixaient plus tard le capuchon à même cette couverture (18. 13); ils se servaient môme du « Pallium » (18. 6) et du manteau des soldats grecs, de la « Chlamys » et de la « Chlaene, » la seconde un peu plus longue que la première (18. 2). Une espèce de « Lacerne » avec man­ches au lieu de fentes pour les bras et qui tombait aux genoux ou aux pieds, paraît avoir appartenu au costume national; le capuchon était quelquefois remplacé par une large écharpe que l'on mettait sur le cou et les épaules, de façon à ce que les bouts tombassent par devant et par derrière. Les deux sexes, mais les libres seuls, portaient la « Lacerna; » la « Psenula » paraît avoir été le manteau des esclaves, et le « Bardocuculus » celui des agricul­teurs . Bon nombre d'indigènes maintenaient l'usage de l'ancien pantalon gaulois; mais d'autres, surtout les paysans, s'habituaient à aller les jambes nues (18. 3. 13); d'au­tres encore se servaient de la culotte romaine ou se couvraient le bas des jambes de guêtres, qui étaient attachées en haut et en bas par des cordons (18. 4); ces guêtres étaient d'étoffe, mais, chez les chasseurs, de cuir avec des courroies qui les entouraient en s'entrecroisant. A côté de l'antique soulier gaulois, qui était fermé, on se servait aussi de la simple sandale (18. 3) ainsi que d'un soulier découvert (18.5) qui se fermait avec des courroies montant ensuite autour des jambes.

Il y avait des souliers formés d'une simple semelle entourée de lanières (comp. 1.13), et qui se nouaient sur le cou-de-pied. On a trouvé dans des tombeaux appartenant au IIe ou IIIe siècle, des galoches à semelles épaisses avec cou-de-pied découvert; des pantoufles sans talons (21. 80 ) et des souliers avec des lanières au talon et avec des courroies dans ces lanières (21. 81); cette dernière espèce de chaussure se voit dans les miniatures du temps de Charles le Chauve, c'est-à-dire au IXe siècle. Une paire de souliers faisant partie du costume de couron­nement ancien des Germains que l'on attribue au XIIe siècle, est d'une coupe similaire (21. 84).        Il existait aussi une chaussure qui ressemblait aux espadrilles des paysans des Pyrénées; cette chaussure avait une semelle de bois ou de cuir et un dessus en cuir, toile ou jonc; des bandages de laine grossière ou de peau protégeaient le bas des jambes (18.13). Les femmes furent plus vives que les hommes à échanger leur costume contre le costume romain. Déjà, aux premières époques romaines, les femmes des fonctionnaires surtout cherchaient à faire croire qu'elles étaient nées au pied du Capitole. Comme robe de maison, elles se servaient de la « Tunica » nationale, qui était longue et sans manches; comme vêtement un peu plus habillé, on mettait une « Tunica » ou « Stola » allongée encore par des bandes d'étoffe placées au bord inférieur; cette «Tunica» ou « Stola » se retroussait sous la ceinture, de façon à laisser voir la pointe des pieds; la « Stola » collait au buste et avait des manches longues ou courtes. Plusieurs sortes de vêtements de dessus étaient en usage. La Palla, qui ressemblait d'abord absolument à la toge des hommes, fut plus tard une pièce d'étoffe de coupe rectangulaire passée sous l'aisselle droite et croisée par ses deux bouts sur l'épaule gauche {comp. 18. 6). On pliait quelquefois aussi cette pièce d'étoffe au milieu de la longueur, on la fendait au pli pour laisser passer le bras gauche et agrafer les deux bords sur l'épaule droite, ou bien on passait le bras droit à travers la fente, et on boutonnait les bords dans toute leur longueur sur le côté gauche (17. 57); on portait encore un foulard de tête d'une manière particulière. Sur les pierres tumulaires gallo-romaines, on trouve représentées des femmes vêtues de la « Pœnula » ou de la « Lacerna » (17 51.62), d'autres avec un tablier sur une robe dentelée par en bas (17.59); c'est au costume qu'on distinguait la femme libre de la femme esclave.

Ce fut le costume guerrier qui subit le plus de modifications. Les Gaulois étaient enrôlés dans les légions romaines, ou formaient des troupes auxiliaires particulières; dans les deux cas, ils portaient le costume des guerriers romains (comp. 25.1 à 6).

La fin du IIIe siècle marqua l'époque la plus triste de l'histoire de la Gaule. Les peuples germains, les Goths, les Saxons, les Bourguignons et les Francs, envahirent tour à tour ses provinces, dévastant les champs et les villes. Cependant, quoiqu'en contact avec l'ancienne population, ils conservaient leurs lois, leur langage et même leur costume. Mais il est difficile de dire exactement comment était ce costume et plus difficile encore de fixer pas à pas les phases de transformation du costume gallo-romain. A en juger d'après le peu de documents plastiques qui nous restent,les hommes du IVe siècle portaient le «Pallium» (comp. 24. 10); aux Ve et VI e siècles, ce «Pallium» fut remplacé par un grand manteau de coupe demi-circulaire (comp. 24. 11), jeté sur l'épaule gauche et agrafé sur la droite. D'après les manuscrits, on y joignait encore la « Pasnula » qui, lorsqu'elle servait de vêtement d'apparat, était de peau de castor ou d'étoffe noire et brillante ressemblant à la peau de ces bêtes. Ils portaient des bottes lacées, la chevelure était taillée en rond, la figure rasée. Les fonctionnaires et les gens de qualité se rencontraient ainsi vêtus; dans le peuple on portait la « Paenula » de laine grossière (18. 1. comp. 24. 4), qui, chez les esclaves, était échancrée des deux côtés aux fentes pour laisser aux bras les mouvements libres; cette « Paenula » était appelée « Birre. » On se couvrait la tête d'un chapeau poilu sans bords. La barbe était plutôt coupée que rasée. Nous avons encore moins de renseignements sur le costume féminin prédominant à cette période transitoire. Les fresques des catacombes appartenant à l'art chrétien, ainsi que quelques pièces d'or et d'ivoire n'ont rien à faire avec l'art gallo-romain. Cependant ces restes laissent supposer que les « Tunicas » et les « Pallium » faisaient alors partie du costume féminin gaulois; ces vêtements étaient ornés de bandes de couleur faites de morceaux d'étoffe carrés, ronds et en coins (24. 12 à 21). On semble avoir eu alors une prédilection pour la plus antique de toutes les formes de « Tunica », celle dont les manches étaient formées dans l'ampleur du devant et du dos (comp. 24. 12). Le corps d'une femme de qualité qui paraît dater de ce temps, se trouvait enveloppé dans des vêtements quadruples de laine, dont celui de dessus était garni de franges et attaché aux hanches; les pieds étaient chaussés de pantoufles de cuir sans talons (21. 82), et ces pantoufles se trouvaient à leur tour dans des souliers à languettes (21. 81), qui ressemblent à ceux trouvés à Thorsberg (1. 13); la chevelure était divisée en quatre nattes.

Nous arrivons maintenant à l'époque où les Francs mérovingiens devinrent maîtres de la Gaule. Ce n'est qu'alors que l'élément barbare paraît avoir pris le dessus sur l'élément gallo-romain, quant au costume. Les documents plastiques manquent absolument, les manuscrits ne s'accordent pas, et les nombreuses trouvailles tumulaires, soit de métal, soit de verre ou d'ivoire, ne nous donnent que des renseignements bien vagues. Il est certain qu'au VIe siècle, la population masculine dela Gaule portait encore la courte» Tunica » à manches ornée de bandes et de disques bigarrés. Le long pantalon gaulois avait complètement disparu; il était remplacé par la culotte romaine, appelée maintenant du nom ancien « Braccae » ainsi que par des guêtres attachées au bas des jambes avec des rubans; il y avait aussi à cette époque une espèce de bas qui n'avait pas été en usage dans les temps précédents, et qui est mentionné dans les manuscrits sous le nom de « Tibialia » et « Caliga;. » Dans l'église de Delmont, une relique de saint Germain laisse voir un soulier de cuir de mouton verni noir (21. 89) dont le dessus est découpé sur le cou-de-pied, en forme de lame de lance; le dessus était muni d'une courroie qui serrait la jointure du pied; au contrefort se trouvent deux trous traversés par des lacets; le talon est en forme de cœur. Les souliers de cette espèce étaient au VIe siècle appelés» Campagos». Dans l'église de Chelles, près de Paris, on conserve un soulier également découpé en flèche sur le dessus (21. 92); ce soulier porte, à droite et à gauche, des trous aux chevilles pour attacher les lacets. Ce soulier ressemble à peu près à un soulier, perdu maintenant, appartenant autrefois au costume du couronnement germain, et qui passe pour un travail du XIIe siècle (21. 85). A cette époque les gants ont fait leur première apparition, on les appelait « Nauts »; ils étaient portés par les riches comme parures et par les pauvres pour travailler. Au sujet du costume féminin, il n'y a pas de tradition. Grégoire de Tours men­tionne un manteau de soie appelé» Mafors » dont se servaient fréquemment les femmes des Francs et qui cachait complè­tement le corps. On portait encore le « Colobium » et le « Bardocuculus, » vêtements adoptés et portés aussi par les Francs. (Au sujet du costume royal des Mérovingiens, voyez plus haut.)

A l'époque carlovingienne, les différences entre les costumes gallo-romains et francs commencèrent à disparaître. Le costume du vainqueur se mêlait à celui du vaincu; voilà pourquoi le costume franc, tel que la tradition nous le donne, peut être considéré aussi comme le costume gallo-romain. Les hommes portaient alors une double « Tunica, » l'autre une chemise de toile sur le corps nu, l'autre un vêtement de laine garni de tresse de soie chez les gens de qualité. On y joignait encore des pantalons de toile rouge ou bleue, des souliers et des bas entourés de courroies qui étaient souvent rouges aussi. Une mosaïque nous montre l'empereur Charlemagne complètement couvert de vêtements oranges avec garniture verte et courroie verte pour les jambes (18. 7). Les courroies partaient des souliers qui étaient vernis et souvent de cuir doré. Le manteau était petit et d'étoffe quadrillée; les Francs préféraient ce petit manteau à leur ample manteau germain gris ou bleu, tombant jusqu'aux pieds. Pendant l'hiver on mettait par-dessus les vêtements une longue pèlerine de fourrure appelée dans le langage des Francs « Rock » et en langue latine « Pelliciurn » (d'où vient pelisson, pelisse). Les vêtements collaient complètement au corps; les tailleurs gaulois étaient célèbres pour l'adresse avec laquelle ils maniaient l'aiguille et les ciseaux. Un couvre-chef était probablement rare : il devait avoir la forme conique et s'appelait « Piléus, » c'est ce nom qu'il porte dans les documents écrits. Par le mauvais temps, les paysans gaulois se couvraient la tête et le haut du corps avec le « Bardocucullus », sorte de capuchon dont le col tombait sur les épaules (18. 4) ; ils se chaussaient de souliers fermés dont les semelles étaient en bois, en cuir ou en jonc, mais dont l'empeigne et la tige étaient en cuir ou en grosse toile; ils attachaient ces souliers avec des courroies dont ils entouraient en même temps le bas de la jambe (18. 13); cette chaussure ressemblait beaucoup aux espadrilles qui sont encore communément en usage aujourd'hui chez les Français des Pyrénées. Les souliers des nobles, tels qu'ils sont décrits dans les manuscrits carlovingiens, avaient l’empeigne fermée ; le contrefort était pourvu de trous que traversait une courroie se nouant sur le cou-de-pied (comp.21.84.).Ces souliers étaient en cuir, doublés à l'intérieur, tendus de soie à l'extérieur, et garnis de perles et de broderies. Hiver comme été, l'usage était de porter des mitaines de fourrure appelées « Muffles. » Les gens du peuple portaient aussi des bas en étoffe quadrillée (18. 4). C'est à cette époque qu'on commençait à porter la « Tunika » enfoncée dans le pantalon.

Les documents écrits ne nous fournissent aucun renseignement sur le costume des femmes pendant la première époque carlovingienne ; toutefois les images reproduites sur les livres de l'époque de Charles le Chauve nous révèlent qu'au IXe siècle la conformité entre les modes franques et gallo-romaines, dans le costume des femmes, était un fait accompli. D'après ces miniatures, les femmes de qualité portaient alors plusieurs tuniques de longueur égale (19. 2 à 6).         La tunique inférieure avait de longues manches collantes, la deuxième des manches courtes, mais amples; quand il y en avait une troisième, celle-ci avait des manches très courtes et très amples, ou pas de manches du tout. Le vêtement supérieur collait au haut du corps, mais s'élargissait vers le bas; aux bords supérieurs et inférieurs ainsi qu'au milieu du corps, dans toute la longueur, étincelait une large bordure brodée d'or ; une ceinture entourait les hanches. Ajoutez à ce costume le manteau que les femmes avaient l'habitude de jeter sur la tête en allant à l'église. Cette coutume provenait de ce qu'elles devaient communier la tête couverte, la femme, suivant le rite, n'ayant pas été créée à l'image de Dieu et étant l'auteur du premier péché. Le manteau se portait encore à cette époque et dans le siècle suivant comme l'antique « Palla >> romaine, c'est-à-dire sous l'aisselle droite, les deux bouts croisés sur l'épaule gauche (19. 9). Outre ce manteau, on se servait aussi d'un capuchon connu sous le nom de « Chaperon » qu'on trouve déjà représenté sur les monuments gallo-romains (19. 5). Les souliers étaient fermés ou lacés sur le cou-de-pied (19. 2) ; ils étaient en cuir noir, et chez les femmes de qualité, en cuir de couleur ou doré.

Fin du texte page suivante

Costumes 2. Le costume à travers les âges:Les Français 1
Costumes 2.

Cliquez sur les petites icônes pour ouvrir la page et servez-vous de la roulette de la souris pour faire défiler.

Visites sur la page