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RACE LATINE. Les Français jusqu'en 1200.   (Suite )



Au sujet des costumes d'apparat des Carlovingiens, et   pour le costume guerrier de l'époque des Francs, voyez   plus haut.)

Quand les Carlovingiens disparurent et furent remplacés par les Capétiens, les Francs se confondirent avec les Gaulois, et ne formèrent plus qu'un seul peuple : dès lors il n'y eut plus que des Français. Cependant cette union n'alla pas sans de grands troubles. Les Normands répétèrent leurs invasions pendant près de soixante-dix ans, brûlant et dévastant habitations et récoltes.

Au Xe siècle, à l'époque des premiers Capétiens et des premiers seigneurs féodaux, le costume des hommes se composait d'un pantalon, d'une chemise, d'une « Tunika, » d'un manteau et de chaussures. A côté de l'ancien pantalon gaulois on commença à se servir d'une culotte courte, descendant jusqu'aux genoux, et complètement ouverte en bas (fig. 8.4). Le paysan breton porte encore aujourd'hui cette ample culotte faite de toile grossière; elle dut être adoptée surtout par les Normands, car on en voit sur la tapisserie de Bayeux (18. 14), mais jamais sur d'autres monuments des côtes de la Manche. La chemise était généralement en toile écrue (18. 13) et s'enfonçait dans le pantalon; les basses classes, du moins, en faisaient de même de la « Tunika», qui alors était assez courte (18. 14); elle s'appelait « Bliaud » (d'où vient blouse). Chez les gens de qualité, la « chemise » tombait jusqu'aux pieds (18. 10. 11), et la « blouse » jusque par-dessus les genoux; cette dernière se retroussait légèrement sous la ceinture, par-dessus la hanche gauche. Elle avait gardé pour ornement, comme au temps des Romains, des bandes, des pièces rondes et des boucles; les tuniques princières avaient des garnitures d'or au bord inférieur. Le manteau aussi était encore, d'après l'ancienne coutume gauloise, fait d'étoffe rayée ou bien dessinée: il était de grandeur moyenne et se fermait par des boutons ou des agrafes. Les manteaux des gens riches étaient doublés, soit d'étoffes de couleurs différentes (18. 19), soit de peaux d'hermines, de martres, d'écu­reuils gris ou de gloutons. Les chaussures se portaient aussi d'après l'ancienne mode et les courroies de cuir ou de laine grossière entouraient le bas de la jambe; on commençait cependant déjà à porter des souliers pointus que l'on cirait; on choisissait une couleur différente pour chaque soulier; même les moines des riches couvents portaient des souliers verts et bleu ciel. Parmi les religieux pauvres, la sandale restait en usage; elle avait un contrefort avec des ouvertures traversées par des courroies qui servaient à l'attacher. Les pauvres allaient nu-pieds et même sans pantalons. La mode de se raser le menton d'après la tradition franque s'était perdue; on portait la barbe modérément grande (18. 10), coutume disparue depuis longtemps. La chevelure, qu'on avait jusqu'alors portée courte, d'après la coutume franque (18. 10), subit alors un étrange caprice de la mode. A l'imitation des provinciaux, les jeunes gens se rasèrent le devant de la tête et rejetèrent en arrière le reste de la chevelure. C'était une innovation qui devait nécessairement provoquer des protestations de la part de gens de la vieille souche; ceux-ci, par esprit de contradiction, se firent raser la partie postérieure de la tète comme l'avaient fait leurs ancêtres les Mérovingiens au Xe siècle, et laissèrent tomber les cheveux du crâne sur le front; c'est ainsi que nous les trouvons encore représentés sur la tapisserie de Bayeux (18. 14). Les gens posés s'abstenaient des deux modes, et laissaient leur chevelure intacte dans sa force naturelle (18. 11). Les documents écrits de cette époque mentionnent souvent l'usage des gants. Ils avaient une signification symbolique : remettre le gant, signifiait soumission; le jeter aux pieds de l'adversaire signifiait provocation ou citation devant un tribunal ou bien prétention sur une pièce de terre.

Les deux pièces principales du costume féminin au Xe siècle s'appelaient également chemise et blouse. La coupe de la chemise restait toujours la même, mais la blouse semble avoir pris de gros plis et être devenue plus large (19. 7) ; les courtes manches qui avaient été de mode jusqu'alors, disparurent vers le milieu du siècle : on laissa tomber les manches jusqu'au poignet; elles étaient de largeur égale, ou bien s'ouvraient en forme d'entonnoir, de façon à laisser voir la garniture de la « chemise ». La partie inférieure de ces manches se termina peu à peu en une pointe (fig 8.5) qui s'allongea de plus en plus. La blouse était légèrement serrée aux hanches par une ceinture et tombait jusqu'aux pieds. Les femmes avaient l'habitude de jeter encore comme autrefois le manteau de derrière sur les deux épaules et de le fermer sur la poitrine par une agrafe, mais elles ne s'en enveloppaient plus la tête; pour aller à l'église, elles se la couvraient, d'après la mode des femmes anglo-saxonnes, d'un morceau de toile dont elles s'entouraient en même temps le cou et les épaules et dont les bouts tombaient par-devant et par derrière. (19. 7. 11); dans le peuple, ce voile s'appelait « Guimpel », d'où le mot « guimpe ». A côté du manteau se portait encore, comme à l'époque romaine, une « Paenula » fermée tout autour (19. 13); elle servait de vêtement de voyage, ainsi que l'ancien capuchon gaulois avec le col tombant sur les épaules (19. 12). Une image de cette époque nous montre une femme dont la courte pèlerine est mise d'une façon qui n'est pas représentée ailleurs. (19. 10). La pèlerine, faite d'un morceau d'étoffe rectangulaire, repose sur l'épaule gauche, touche le coude de son bord inférieur, couvre le dos, revient en avant sous l'aisselle droite et se trouve agrafée sur la poitrine à l'autre partie; les deux bouts tombant sont retenus dans la ceinture. Cette pèlerine doit probablement être considérée comme la dernière espèce de chlamys courte; elle s'était transmise des femmes grecques aux romaines et aux gauloises. La tête est couverte d'une espèce de bonnet pointu dont une partie couvre le cou.

Le costume du XIe siècle trahit son origine du Xe . Ce n'est guère que vers cette époque qu'eut lieu un changement notoire dans le costume des hommes. Ce changement paraît avoir été implanté en France par les Normands. Le vêtement inférieur et supérieur s'allongea. La « chemise», vêtement inférieur, prit la forme d'un surplis ecclésiastique; il avait à l'encolure une coulisse pour pouvoir le serrer à volonté (fig. 8. 1). En même temps, le vêtement supérieur (fig. 8. 2), la « blouse » tomba presque jusqu'aux pieds; elle était généralement étroite, et, pour cette raison, fendue devant ou sur les côtés des hanches jusqu'au bas (18. 16 19); pour en rendre la longueur moins gênante, on la retroussait sous la ceinture (18. 21)- La ceinture étant souvent supprimée, on attachait alors le vêtement par des agrafes à la partie supérieure (18. 12). Les manches étaient de largeur uniforme ou s'élargissaient vers le poignet; on les fendait quelquefois pour les rabattre, de façon à avoir les mains libres (fig. 8. 2). Mais les manches s'allongeant peu à peu par-dessus les mains, on commença à les rabattre et à les serrer autour du poignet. Les gens qui montaient souvent à cheval adoptèrent le vêtement inférieur, fendu des deux côtés, de sorte qu'ils montraient leurs jambes couvertes de la large culotte. On garnissait encore ces longs vêtements, sur tous leurs bords, de bordures étincelantes ou de fourrures. L'usage du manteau carré finit par se perdre; on ne portait presque plus que le manteau rond ou demi-circulaire (fig. 8. 7. 9), qui était souvent agrafé sur l'épaule gauche et non plus sur l'épaule droite; il en résulta que, la partie arrondie couvrant le bras droit, celui-ci n'avait plus les mouvements libres, inconvénient grave à une époque où l'on se battait sans cesse. Le manteau de coupe rectangulaire se mettait toujours d'après la manière de l'antique « Pallium » (18. 19). Vers 1060, on se servit, pour fermer le manteau, d'un ruban garni de glands fixé à l'un des bords et rattaché à l'autre par une boucle; ce ruban remplaçait le bouton ou l'agrafe. Les basses classes, et même les seigneurs qui respectaient les anciennes coutumes, maintenaient leur costume original, car l'Église combattait les innovations comme les marques de la corruption des mœurs. Les ouvriers portaient l'habit court (18. 18) qu'ils retenaient dans le pantalon (18. 14) ou retroussaient sous la ceinture. Dans toutes les régions habitées par les Normands, la culotte courte resta en usage (18. 14); mais, dans le centre de la France et surtout, paraît-il, dans les environs de Bourges, le pantalon long fut adopté. Sur le portail de l'église de Saint-Tersin, à Bourges, on trouve les mois représentés par des travailleurs; les figures des mois de mai et d'août montrent un moissonneur et un batteur de blé vêtus d'habits courts et de longs pantalons tombant jusqu'aux chevilles (fig. 8. 13). Ce sont là encore les anciens pantalons gaulois qui ne disparurent qu'au commencement du XIIe siècle. Déjà, à la fin du XIe siècle, le pantalon fut remplacé en partie par de longs bas collants, qui s'attachaient à la ceinture par des courroies (18. 14). 11 est rare que, dans les représentations coloriées de cette époque, les hommes se montrent les jambes complètement nues; on les voit presque toujours coloriées en blanc, en vert, en jaune, en rouge ou en bleu; seuls, les pauvres gens des contrées reculées n'avaient point de pantalons (18. 13. 20) ; les hommes qui traînaient les bateaux pataugeaient dans l'eau, les jambes complètement nues, comme on le voit sur la tapisserie de Bayeux (fig. 8. 14). Les

pauvres gens portaient des sandales (18. 20) ou des souliers bas qu'ils laçaient, ou des souliers fermés avec contreforts élevés qui facilitaient la mise. Quelques habitants des campagnes adoptèrent une sorte de bas sans pied qui s'attachaient aux souliers par un bouton ou une boucle. Les classes élevées se servaient de souliers de toute espèce de formes. A côté des souliers à contreforts élevés, se répandirent les souliers anciens à longues courroies entourant le bas de la jambe; les courroies étaient tressées de cordons précieux ; l'usage n'en cessa définitivement qu'au XIIIe siècle. Il y avait encore des souliers découverts sur le cou-de-pied, pointus et relevés par devant. C'est vers 1089 qu'apparut la fameuse mode des souliers à becs, inventée, dit-on, par un comte d'Angers nommé Fulko. Suivant la tradition, ce seigneur ayant au doigt du pied une excroissance de chair, avait, pour cacher ce défaut, imaginé une chaussure pointue d'une longueur extraordinaire. Cette mode fut vite adoptée; en peu de temps, en France et partout, l'on porta ces étranges chaussures à becs ou « Pigaches » comme on les appelait. « Ces souliers, dit un moraliste de cette époque, se redressent comme des queues de serpent ou de scorpion et se recourbent comme des cornes de bélier. Les vêtements des hommes traînent par terre aujourd'hui; les manches en sont si longues et si amples qu'elles recouvrent les mains, de sorte qu'une personne ainsi surchargée ne peut ni marcher vite ni travailler. Ces fats ont la tête rasée par devant; par derrière, ils laissent pousser leurs cheveux comme des filles de joie et les frisent avec des fers; on voit clairement qu'ils se plaisent dans l'ordure comme des boucs puants. »Ces extravagances de la mode, qui courrouçaient les prêtres, n'étaient au fond qu'une réaction contre la sévérité  dans laquelle on s'était renfermé aux époques précédentes. Même le costume des ouvriers suivait le cou­rant de la mode et se montrait sou­vent parsemé d'ouvertures en forme d'étoiles laissant transparaître la couleur des vêtements inférieurs. Le costume des hommes du XIe siècle ressemblait tellement à celui des femmes, qu'on avait de la peine à le distinguer. Il y avait même une conformité dans les chaussures ; on ne pouvait guère reconnaître une femme qu'au « Guimpel » dont elle s'enveloppait la tête; par-dessus elle mettait un capuchon à col fermé (Comp. 19. 5 ) ou un manteau ouvert (19. 12). Les deux sexes continuaient à se servir d'étoffés rayées; mais les rayures étaient maintenant en large et ressemblaient à des rubans com­posés de plusieurs couleurs (49. 17); ces rubans ne se répétaient sur les beaux vêtements qu'à grande dis­tance, de sorte que l'un se trouvait au milieu et l'autre à la partie infé­rieure du vêtement. En signe de joie, et peut-être simplement par luxe, on portait des manches de couleurs différentes, surtout vertes et rouges, dont on munissait des tuniques d'é­toffe blanche.

Cependant le costume des deux sexes fit de notables progrès au XIIe siècle. Cette transformation se fit sous Louis VII(1137 à 1180), roi austère qui s'opposait aux extrava­gances de la mode. Le costume perdit sa lourdeur et devint plus collant, sans cependant gêner les mouvements du corps. C'est à cette époque que parut en France le pre­mier costume national, la première mode vraiment française.

Les pièces principales du costume des hommes du XIIe siècle restaient comme auparavant la chemise, le pantalon, la blouse, le manteau et la chaussure. La chemise se portait à même le corps. Le pantalon et les bas longs montaient jusqu'aux hanches et s'attachaient latéralement à une espèce de caleçon appelé « Bruche » (broche), ils entouraient quelquefois aussi le bas ventre comme nos pan­talons d'aujourd'hui (18. 16); ils cou­vraient aussi les pieds ou ne lais­saient que les doigts à découvert. Ces espèces de tricots complets de laine ou de soie, et généralement couverts de dessins, étaient principalement portés par les gens des classes élevées, tandis que les gens du peuple por­taient les bas longs avec «Bruches".


Au commencement du XIIe siècle, le vêtement inférieur et le vêtement supérieur, tombaien tjusqu'aux pieds (18.23).Le premier avait de longues manches, (18.22.24); le second était souvent plus long par derrière que par devant (Fig 8. 2 ). Les manches étaient plus longues que le bras (18. 15); elles étaient amples et tombaient souvent jusqu'aux genoux. Plus tard on se contenta d'une manche longue (18. 15), qui servait de manchon; c'était généralement la manche gauche. On avait l'habitude de retrousser la « blouse » sur une des hanches (18. 21. 23. 25). Peu à peu on commença à raccourcir le vêtement inférieur et le vêtement supérieur; celui-là descendait encore jusque vers les genoux; celui-ci se portait encore moins long et avait des manches courtes jusqu'aux coudes d'une ampleur modérée (23. 5). Lorsque le vêtement supérieur était aussi long que l'inférieur, le premier était fendu des deux côtés des hanches jusqu'en bas.

Les deux vêtements étaient bordés au bout des manches ainsi qu'à l'encolure de broderies; quelquefois le bord inférieur était dentelé.

Vers la fin du siècle, les manches furent complètement enlevées au vêtement supérieur (Fig 8. 3); le vêtement fut fait d'une seule pièce sans couture, avec un trou pour la tête. De tels vêtements sans manches portaient différents noms, tels que : « Ganache, Schiot » etc; quelquefois on les mettait par-dessus la cuirasse (cotte de chevalier); les courroies des glaives passaient alors à travers une des fentes latérales au ceinturon, qui se trouvait sur la cuirasse. Au siècle suivant ces cottes se garnissaient et se doublaient; on les ornait sur la poitrine d'armoiries et d'emblèmes brodés.

Le manteau était, ou demi-circulaire ou rond (Fig. 8.7.9). Le manteau rectangulaire était devenu rare. Vers le milieu du siècle, le manteau s'attachait encore sur l'épaule droite (18.21.23) mais, plus tard, on le rejetait de derrière sur les deux épaules (18. 23.25). La manière de le fixer subit un changement plus notable; on le fermait en haut sur la poitrine par un cordon d'or ou un ruban (18. 26), on faisait passer un des côtés sur l'épaule gauche et dans la ceinture (18. 25). Il y avait aussi un manteau muni sur les deux bords droits, de plaques de métal trouées (Fig 8. 15), qui étaient traversées par une cordelière dont les bouts munis de glands pouvaient se tirer à volonté; un autre manteau portait sur le bord le bord droit du côté droit un anneau de métal (Fig. 8. 16), à travers lequel on passait une partie du bord opposé qu'on nouait ensuite; cette manière de fixer le manteau n'était évidemment possible que pour les manteaux d'étoffe; on nouait même quelquefois les deux bords ensemble (Fig. 8. 17), si le manteau était de coupe rectangulaire et d'étoffe mince. Lorsque la bordure du manteau était raide, celui-ci ne pouvait se fixer que par des agrafes (Fig. 8. 18). Quant à la chaussure, la mode des souliers à longs becs resta prédominante pendant une quarantaine d'années. Au XIIe siècle s'accomplit la séparation de la société en classes différentes : la classe élevée, de culture supérieure, de goûts raffinés « les nobles» et la classe ouvrière les « vilains ». On distinguait les castes d'après la longueur du bec des souliers; les bourgeois portaient un bec de six pouces, les chevaliers et les barons un bec d'un pied, les princes de deux pieds. C'est de cette époque que date le dicton. « Vivre sur un grand pied. » Sous Louis VII on reprit les souliers arrondis ou du moins modérément pointus, sans cependant bannir complètement les « Pigaches », au siècle suivant, la mode des souliers à becs revint, on les appela alors « Poulaines »; cette mode se maintint jusqu'à la fin du XVe siècle. Au XIIe siècle, lorsque le bec disparut le contrefort grandit et atteignit une hauteur qui lui permettait de retomber sur le talon en dents et en lanières comme

un panache (21. 94); ce soulier était collant et se fermait sur le cou-de-pied par une boucle, les souliers de gens de qualité étaient doublés et garnis en dehors de tresse d'or ou de galons de cuir multicolore et même de fourrure. A l'intérieur, on se servait « d'Escarpins, » c'étaient de simples souliers avec contrefort bas et une boucle pour les fermer (21. 96). 11 y avait des couvre-chefs de différentes espèces; on portait des bonnets ressemblant au bonnet phrygien (18. 17); ces bonnets avaient généralement des oreillettes et des bavolets, ils étaient en drap ou en velours et se portaient de préférence en hiver. Une autre casquette nommée « Coiffe » était en toile et paraît avoir été une espèce de turban. On voyait en outre, dans les dernières années du règne de Louis VII, des chapeaux en poils de chameau ou feutre, appelés « Mortiers » parce qu'ils en avaient la forme. Mais le couvre-chef le plus populaire pour les deux sexes était le chaperon. Dans sa forme la plus usitée, ce chaperon ressemblait, comme nous l'avons dit, à un entonnoir renversé; il avait une fente pour la figure et un col tombant jusqu'aux coudes (Fig. 8. 12. Comp. 19. 15). Le chaperon protégeait fort bien contre la pluie, la neige et le givre (18.18 ); par le beau temps, on l'enlevait de dessus la tête et on le laissait retomber sur le cou ou sur une épaule. Pour se protéger la tête contre le soleil, sans se couvrir le cou et les épaules, on enfilait le chaperon sur le crâne par la fente, on rabattait la pointe sur la figure et on nouait la partie inférieure autour de la tête (Fig. 8, 10. 11). Cette façon de mettre le chaperon est probablement aussi ancienne que le chaperon lui-même. Les premières représentations plas­tiques, qui nous en montrent, ne datent que du XIIIe siècle. Tout le monde, laïque, prêtre ou moine, portait ce cha­peron ; cet usage général du chaperon restreignait celui du manteau. Il y avait pour chaque classe des capuchons découpes différentes; les uns étaient ouverts par devant dans toute leur longueur (18. 13. 19. 12) et leur col ressemblait à un manteau qui était fréquemment muni de trous pour laisser passer les bras; d'autres capuchons tombaient jusqu'à la rotule, étaient complètement fermés et munis de fentes pour les bras (18. 22) ou de longues manches amples qui étaient également fendues pour laisser passer les bras (18.24); des capuchons de cette dernière espèce, avaient quelque­fois un col (18. 17) ressemblant au « Bardocuculus. » Les gens exposés à tous les temps mettaient encore leur bonnet par-dessus le capuchon (18. 18). Les prêtres condamnèrent la mode de porter les cheveux et la barbe, comme ils avaient condamné l'usage des souliers à becs. Les nobles seigneurs avaient coutume de séparer leur barbe en une quantité de petites mèches et d'entourer chaque mèche de fil d'or; cela leur faisait des barbes d'or appelées « tresses galonnées ». Vers la fin du siècle, revint la mode de raser la barbe. La chevelure se portait longue, tombant sur la nuque et sur les oreilles; mais, par devant, on la peignait sur le front et on la coupait en ligne droite d'une tempe à l'autre; on retenait les cheveux par un cercle d'or ou un simple ruban. Tout le monde portait ainsi le capuchon et la cheve­lure, de sorte que tout le monde se ressemblait. Cette particularité irritait tellement les prêtres, qu'ils refusaient la communion à ceux qui ne voulaient pas raccourcir leur longue chevelure; pendant le service, ils portaient même des ciseaux sur eux pour enlever aux communiants leur parure bouclée. Mais cette sévérité n'eut d'autre résultat que de faire condamner les forçats à être rasés et tondus.

Le costume des femmes, au XIIe siècle, prit un caractère bien plus coquet par une légère modification dans la coupe; on adopta ce qui s'était fait de plus beau jusqu'alors en fait de mode. Le changement le plus apparent consistait à ne plus laisser le vêtement de dessus s'élargir à partir des épaules jusqu'en bas, mais à le serrer sous la poitrine, de façon à coller au haut du corps et à ne le laisser s'élargir qu'à partir de là. Pour arriver à ce résultat, on coupait des pinces de la poitrine jusqu'aux hanches (Comp. Fig. 3. 6). Le vêtement tombait en légers plis jusqu'aux pieds (19. 19 à 21); il était muni d'une traîne. Les manches aussi subirent un changement notable. Il y avait des manches de trois coupes différentes; ou elles étaient, dans le haut, beaucoup plus larges qu'auparavant (Fig. 8. 6), tandis qu'on les laissait étroites sur l'avant-bras et on les boutonnait au poignet; ou bien, elles étaient collantes du haut jusqu'au milieu de l'avant-bras et s'élargissaient à partir de là, de façon à toucher presque le sol.Voulait-on que les manches s'ouvrissent d'un seul coup? on rajoutait la partie inférieure à la vraie manche (Fig. 8. 8). Pour empêcher que les manches ne traînassent, on nouait la partie inférieure (19. 24), ou l'on passait les manches à travers un cordon qui se trouvait sur les épaules et on les retenait ainsi sous les aisselles (19. 23). La lourdeur de ces amples manches était compensée par la grâce du buste. D'après les statues de Notre-Dame de Corbeil qui, seules, nous montrent ce costume, on ne peut pas s'expliquer si un corsage spécial se mettait par-dessus ou si l'on donnait à la partie supérieure de la robe l'aspect d'un corsage par des piqûres. La robe enfermait le corps jusqu'au-dessous de la taille comme une cuirasse, car ces piqûres présentaient souvent des écailles de cuirasses (19. 20. 25); les formes du buste ressortaient pleines et entières, le vêtement collait au corps sans le gêner; sa mise était facilitée par une fente sur le côté ou dans le dos,munie de lacets pour la fermer (19. 21). Sur la poitrine, le vêtement était souvent un peu ouvert (19. 19), de façon à montrer la garniture de l'encolure du vêtement inférieur. Une longue ceinture, brochée d'or, entourait la taille; elle était croisée par derrière et ramenée devant, un peu plus bas, sans être serrée; là, elle était nouée et ses deux bouts tombaient (19. 20. 24. 25. 27). On portait cependant aussi le vêtement supérieur sans corsage brodé et sans ceinture, mais retroussé sur les deux hanches (19. 22). 11 y avait encore des vêtements supérieurs, fendus par devant dans toute leur longueur et boutonnés sur la poitrine (19. 26). Le manteau des femmes était de coupe demi-circulaire et s'attachait de différentes manières. Souvent les deux bords droits étaient munis de plaques de métal rectangulaires, percées chacune de cinq trous (Fig. 8. 19); un double cordon traversait ces trous et se nouait dans le dos; mais les cordons étaient déjà suffisamment fixés en passant à travers ces trous pour retenir le manteau. On disait à cette époque : «Corder son manteau. »



Par le mauvais temps, le manteau était remplacé par le chaperon. Quelquefois, les femmes se couvraient encore la tête de l'antique « Guimpel » ou bien aussi d'un petit voile de tissu très fin (19. 22). A en juger par les représentations plastiques, il y avait déjà, à cette époque, de véritables bonnets. Les cheveux étaient partagés au milieu de la tête et chaque partie nattée en une tresse simple ou double entrelacée d'un ruban bigarré (19. 20. 24. 25) ; les nattes se passaient par devant, d'où elles tombaient le long des bras (19. 20) ; ou bien encore, on passait une natte par devant et l'autre en arrière (19. 24 25). On avait coutume d'entourer la chevelure d'un cercle d'or ou d'un simple ruban. Comme chaussure, on se servait de souliers bas, modérément pointus.Le costume guerrier des Français subit en général le même développement que le costume guerrier de l'Europe occidentale. Pour cette raison nous n'aurions qu'à prier le lecteur de se reporter aux descriptions données plus haut. Nous nous bornerons à quelques remarques sur l'armure française. Au Xe siècle, lorsqu'il n'y avait plus de Gaulois ni de Francs, mais seulement des Français soumis au joug féodal, le propriétaire foncier, le « Seigneur » était le personnage le plus important, le véritable chevalier. Les images du Xe siècle nous expliquent le costume guerrier de ces anciens chevaliers et de leurs vassaux; ce costume trahit encore son origine demi-germaine et demi-romaine, car il est absolument conforme au costume carlovingien. Les guerriers ordinaires (Fig. 9. 1.2) portent la « Tunika » et le manteau; ils ont la tête nue, mais les jambes bardées de fer ou couvertes des longues courroies des souliers germaniques, le poing dans le bouclier rond et fortement bombé et tenant une lance avec une courte lame de fer. Le corps des seigneurs est entouré d'une cuirasse de mailles (Fig. 9. 5). Les casques ne paraissent pas encore avoir de forme bien arrêtée. On portait des casques ronds en forme de cloche avec crête de plume (Fig. 9. 5) et des casques pointus ou coniques avec bavolets (Fig. 9. .4.6), qui ressemblaient, d'après une tapisserie de Bayeux, aux casques normands, on voit encore des bonnets de cuir pointus garnis de tètes de clous (Fig. 9. 8). Le glaive était assez court et large, on portait aussi un poignard atta­ché à la ceinture. Comme drapeau, on se servait de l'antique dragon germa­nique attaché à une lance (Fig. 9. 3), nous le retrouvons même encore sur une tapisserie de Bayeux faite plus tard. Au siècle suivant, la cuirasse con­sistait en une tunique de cuir ou d'é­paisse toile, garnie d'anneaux de fer forgé; les anneaux étaient attachés les uns à côté des autres, ou bord sur bord (21. 11. 12). Cette tunique appelée « Hau­bert » tombait jusqu'à la rotule (20. 8.) les manches descendaient jusqu'au cou­de; ce vêtement avait un capuchon couvrant la tête, mais laissant la figure à découvert. Plus tard le haubert se ter­minait, par le bas, en culotte courte; il avait alors, pour rendre sa mise pos­sible, une ouverture sur la poitrine que l'on pouvait fermer d'un morceau d'étoffe carré (20. 12). Il y avait encore des cui­rasses de cuir qui n'étaient pas garnies d'anneaux de fer, mais d'un treillis de courroies; dans les carrés non couverts, étaient fixées des têtes de clous (21. 10). D'autres étaient renforcées par des écailles de fer (Jazerau 12. 4.8.) ou des écailles de cuir de différentes couleurs (Corium. Fig. 20. 13). Un -manuscrit français datant de 1125 environ nous représente un guerrier (20. 10) dont la tu­nique d'armes est complètement couverte clé têtes de clous et fendue des deux côtés dans sa partie inférieure; le fourreau du glaive est suspendu à la hanche droite et traverse en biais un trou pratiqué dans la tunique d’arme.Une sculpture du même siècle nous transmet l'image d'un guerrier dont la cuirasse est renforcée d'une manière inusitée, puisqu'on n'en voit de trace nulle part ailleurs (20.16). Sur l'habit que nous supposons en cuir ou en toile, repose d'abord un treillis de minces courroies (21. 16); au-dessus sont fixées en longueur des espèces de cordages qui, à leur tour, sont couverts de minces courroies. Ce n'est qu'après 1180 que la cotte de mailles de fer entra en usage en France (21. 13). Les anneaux de cuirasses que nous possédons encore de ces temps reculés sont épais, lourds et mal faits. Comme bannière on se servait de morceaux d'étoffe multicolore taillés en languettes et cloués ou noués à une hampe de lance (21. 61). La principale bannière des Normands, telle qu'elle se trouve représentée sur la tapisserie de Bayeux, avait cinq pointes; au milieu, sur un fond jaunâtre ou d'une autre couleur claire, se détachait la figure bleu foncé d'un oiseau que l'on croit être le corbeau d'Odin. La bataille de Hastings fut la dernière livrée sous cette ban­nière; la croix chassa le corbeau, et les languettes des anciennes bannières apparaissent encore aujourd'hui dans le dra­peau national danois. (Pour le reste, voir plus haut.)

On reconnaît une conformité flagrante en comparant les restes des objets d'art des Français jusqu'au XIIe siècle à ceux qui nous sont restés des peuples de l'Europe occidentale, à l'exception de l'Espagne; cette conformité se remarque surtout entre les ustensiles ecclésiastiques car, toujours et partout, l'Eglise étendit ses influences sur tous les peuplés de l'ancien Empire de Charlemagne. Ce que nous avons dit au sujet de l'art allemand (voir précédemment) s'applique également à l'art français; un renvoi à la description donnée plus haut doit donc suffire ici. Donnons seulement en plus la représentation de quelques objets remarquables et caractéristiques pour les différentes périodes du développement artistique dans l'Europe occidentale jusqu'au XIIe siècle. Ces objets sont : Une petite boîte de l'époque mérovingienne (Fig. 10), une cloche romane d'un travail à jour (Fig. 11) et un calice exposé à l'église de Saint-Rémy de Reims appartenant au XIIe siècle (Fig. 12). Voir les détails (22. 15).

COSTUMES . Costume 3. Le costume à travers les âges:Les Français 2

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Costume 3.

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