LE SITE D’ ALAN
ACCUEIL. ACCUEIL 2. YOUTUBE ET EDITO. POEMES DE MARY. AUTRES POEMES . POEMES PREFERES D'ALAIN. POEMES SUR PORNIC. TIMBRES.  Belles histoires de l'Oncle Paul 1. Histoires complètes du journal Tintin 1. Mariage de Morgane. ECHECS. GENEALOGIE RELAIX. COSTUMES . HISTOIRE LOIRE INFERIEURE. GEOGRAPHIE LOIRE INFERIEURE. HISTOIRE DE PORNIC. LIVRE D'OR.

POEMES SUR PORNIC 7

poèmes sur Pornic 6.

Le ruisseau du Crakau


Sous un lourd soleil d'août ; une chaleur d'orage.

J'étais assis, rêveur, sur la coquette plage

Du château de Pornic, si fièrement perché.

Je regardais le lit du ruisseau desséché

Et voulus explorer sa rive sinueuse

En suivant le sentier de la vallée ombreuse

Qui conduit de la plage au canon du Crakau.

Je pus y retrouver le lit, de mon ruisseau.

J'y descendis auprès de l'usine électrique

Cherchant pour mon herbier quelque plante rustique.

A travers les rochers, les ronces du ravin,

Avec difficulté je frayai mon chemin.

La fatigue me prit dans la sente déserte

Et je me laissai choir sur la pelouse verte.

La chaleur m'accablait et je fermai les yeux.

Le sommeil me gagnait, puissant, impérieux.

Qu'arriva-t-il alors ? Je ne saurais le dire.

J'entendis un frou-frou que je ne puis décrire

Mais qui se produisait, certes, à proximité.

Dans un dernier effort de ferme volonté

J'entrouvris un instant ma paupière alourdie

Et vis un petit vieux à mine rabougrie,

Qui m'accueillit du geste et doucement me dit :

— Je protège tous ceux qui dorment dans mon lit.

Je bénis leurs efforts et j'orne leur mémoire

De tous les menus faits dont s'enrichit l'histoire,

Et tu te souviendras que l'endroit où tu dors

Fut un bel étang bleu. Très souvent sur ses bords

Se promenait, chassant, le seigneur du village,

Ce temps est loin déjà ; c'était au moyen âge

Et je faisais tourner le moulin du château.

J'étais fier, car je suis le dieu de ce ruisseau.


Le Crakau traversait autrefois le jardin ci-dessous.



Et le joli moulin planté sur la chaussée,

De son joyeux tic tac faisait une odyssée.

C‘était là, tout auprès de l'usine où mes eaux

Bouillonnent en prison sous le feu des fourneaux.

Mon lit est desséché, l'été mon urne est vide.

J'ai peu de visiteurs dans mon vallon aride.

Mon étang n'est plus là pour garder la fraîcheur.

Rien ne rappelle ici mon antique splendeur.

Pourtant, c'est l'Océan qui reçoit mon hommage

Et j'ai vu sur mes bords des gens de haut lignage,

Des meutes poursuivant et les cerfs et les daims.

Moi, j'osais traverser les parcs et les jardins

Du fier Gilles de Retz, seigneur de barbe bleue.

A sa suite j'ai vu des marquis portant queue ;

J'ai vu la châtelaine aux merveilleux atours

Et des pages vêtus de soie et de velours.

Maintenant que j'arrive au siècle de lumière,

Je suis presque maudit ; je vois la mine fière

De gens dont le regard me suit avec dégoût.

Je suis parqué, voûté, traité comme un égout.

Oui, je suis accablé ; j'en écume de rage.

Si le ciel m'écoutait, je voudrais un orage

Qui transformât mon cours en torrent furieux

Afin de balayer tous ces gens odieux

Dont la pitié banale excite ma colère.


En prononçant ces mots son pied frappa la terre

Avec un tel fracas que j'en fus assourdi.

Lorsque j'ouvris les yeux je fus tout étourdi...

Un éclair fulgurant traversait l'atmosphère.

Aussitôt éclatait un fort coup de tonnerre.


29 Août 1908.   Antoine Gautier



LA TOUR DES COLOMBES

                                                   

Ut turris, sic anima.


Sur la falaise, au bord d'une étroite vallée,

Devant les flots s'élève une tour isolée.

Des colombes naguère y faisaient leur séjour.

Dès l'aube on entendait leurs murmures d'amour.

Le passant les voyait couvrant le toit sonore,

Toutes roses des feux empourprés de l'aurore.


Sitôt que le soleil de ses rayons naissants

Dissipait les vapeurs qui flottaient sur les champs,

Ensemble elles volaient pour y chercher les graines,

Les épis des moissons, l'eau pure des fontaines.

Le soir les ramenait vers le toit de la tour,

Où des roucoulements annonçaient leur retour.


Ce temps est déjà loin, car la tour est déserte.

Un buisson d'églantiers défend sa porte ouverte ;

La ronce pend aux murs tout près de s'écrouler,

Et si parfois, le soir, on entend roucouler

Quelque colombe encor sur son toit solitaire,

Elle se tait bientôt : ce n'est qu'une étrangère.


Sainte-Marie, près Pornic


Joseph Rousse

LA PÊCHE AUX ANGUILLES


II me revient ce soir un souvenir d'enfance

J'avais huit ou neuf ans, âge d'insouciance

Age espiègle où l'enfant ne pense qu'à jouer

Age cruel aussi où l'on songe à tuer

(Pour s'amuser s'entend)  sans aucune malice

Sans penser qu'on fait mal. Oh  ! l'étrange délice

Importe  quoi,  tout plaît suivant  que le  hasard

Jette sur le chemin,  chat,  souris ou lézard

L'enfant n'épargne rien  ; le hanneton qui vole

Aussi bien que le chien traînant la casserole

II est ingénieux pour commettre le mal

Tout l'amuse  : la fleur, la plante, l'animal

Pour lui tout est plaisir ; il ne hait que l'étude

Et chaque jour de classe est une tâche rude.

Or,  c'était un jeudi   ;  messieurs, bien  obligé

En ce temps disparu, jeudi c'était congé

Nous étions huit à dix  ; un bon plat comme on pense

Qu’allions-nous  devenir  ? Notre maudite engeance '

Avait mille projets  ;  aucun  d'eux ne plaisait

Chercher des nids  ; vieux jeu  ; rien ne nous séduisait,

Ni le  saute-mouton,  les barres,  ni les  quilles.

L'un  dit  : si nous allions à la pêche aux anguilles

Où ça '? pas loin d'ici   ;  je  connais le chemin

L'étang est presque à sec, on les prend à la main

Venez ;  c'est un  endroit qu'on  nomme  l'Herberdière

Et nous voilà partis, d'une allure guerrière

C'était un bataillon qui s'en allait encor

Nouveaux petits Jasons chercher la toison d'or,

Le front épanoui,  l'air content, l'âme heureuse

Nous pensions rapporter pêche miraculeuse

Le bonheur se lisait en nos yeux souriants

Et les uns plus pensifs, les autres plus bruyants

Sur le bord de l'étang, vite nous arrivâmes

Le cœur tout plein d'espoir, la joie au fond des âmes

Un village  désert ; nous étions radieux

Et dans l'étang tari,  tout était pour le  mieux.

En effet, très peu d'eau, mais de la vase noire

Où grouillait quelque chose et tout nous faisait croire

Que nous allions pêcher, sans peine ni tracas

Des anguilles au moins grosses comme le bras.

Nous eûmes tous les dix un vrai moment d'extase

Cinq minutes après nous étions dans la vase

Cherchant,  creusant, fouillant ; heureux comme des rois

L'un  de mes voisins  dit : j'en tiens une,  je crois

Et retirant  sa main,  il montra  de la  sorte

A nos yeux ébahis un bout de branche morte

Un franc rire accueillit le rêve du pêcheur

Comme il jetait sa branche en un moment d'humeur

Devant moi zigzaguait une anguille admirable

Oh ! celle-là du moins paraîtra sur la table

Et j'avançai le bras, mais l'anguille en rampant

Tira trois fois la langue, oh  ! oh !  c'est un serpent

Qui donc poussa ce cri  ; je ne sais, mais qu'importe

C'était vrai, un serpent se baignait dans I'eau morte

Horreur ! il peut nager comme une anguille alors

Chacun en un clin d'oeil, de l'étang, fut dehors

Et les gamins fuyaient éperdus dans les brousses

Chacun croyait avoir le serpent à ses trousses.

Mois je courais aussi, tout droit, sans savoir où

Quand par malheur mon pied heurta contre un caillou

Je tombai, pleurnichant par ce nouveau déboire

Et me trouvai tout seul, couvert de vase noire.


Antoine Gautier

18 Mai 1904              Pornic

Visites sur la page