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Les poèmes préférés d'Alain  1

 


 L'Epitaphe Villon          


        


           Epitaphe en forme de ballade que fit Villon

pour lui et ses compagnons

s'attendant  à être pendu avec eux.





Frères humains qui après nous vivez,

N'ayez les cœurs contre nous endurcis,

Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis.

Vous nous voyez ci attachés cinq, six:

Quant à la chair que trop avons nourrie,

Elle est piéça dévorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

De notre mal personne ne s' en rie;

Mais priez Dieu que tous nous veuillle absoudre!


Si frères vous clamons, pas n' en devez

Avoir dédain, quoique fûmes occis

Par justice.  Toutefois, vous savez

Que tous hommes n' ont pas bon sens rassis;

Excusez-nous, puisque sommes transis

Envers le fils de la Vierge Marie,

Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

Nous préservant de l' infernale foudre.

Nous sommes morts, âme ne nous harie,

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!



La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis;

Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés,

Et arraché la barbe et les sourcils.

Jamais nul temps nous ne sommes assis;

Puis çà , puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d' oiseaux que dés à coudre.

Ne soyez donc de notre confrérie;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!


Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,

Garde qu' Enfer n' ait de nous seigneurie:

A lui n' ayons que faire ni que soudre

Hommes, ici n’ a point de moquerie;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.


FRANCOIS VILLON

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François de Malherbe est un poète français, né à Caen en 1555

et mort à Paris le 16 octobre 1628.


Consolation à M. du Périer sur la mort de sa  fille.



Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,

Et les tristes discours

Que te met en l' esprit l' amitié paternelle

L' augmenteront toujours?


Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas,

Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue

Ne se retrouve pas?


Je sais de quels appas son enfance était pleine

Et n' ai pas entrepris,

Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.


Mais elle était du monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin;

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L' espace d' un matin.


Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,

Elle aurait obtenu

D' avoir en cheveux blancs terminée sa carrière,

Qu'en fût-il advenu?


Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste

Elle eût eu plus d ' accueil?

Ou quelle eût moins senti la poussière funeste

Et les vers du cercueil?


Non, non mon du Périer, aussitôt que la Parque

Ote l' âme du corps,

L' âge s' évanouit au deçà de la barque

Et ne suit point les morts ...


MALHERBE


La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles;

On a beau la prier,

La cruelle qu' elle est se bouche les oreilles,

Et nous laisse crier.


Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N' en défend point nos rois.


De murmurer contre elle, et perdre patience,

Il est mal à propos;

Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science

Qui nous met en repos.

François de Montcorbier dit Villon , né en 1431 à Paris, disparu en 1463, est le poète français le plus connu de

la fin du Moyen Âge.


Titre : Le réveil

Poète : René-François Sully Prudhomme (1839-1907)

Recueil : Les solitudes (1869).


Si tu m'appartenais (faisons ce rêve étrange !),

Je voudrais avant toi m'éveiller le matin

Pour m'accouder longtemps près de ton sommeil d'ange,

Egal et murmurant comme un ruisseau lointain.


J'irais à pas discrets cueillir de l'églantine,

Et, patient, rempli d'un silence joyeux,

J'entr'ouvrirais tes mains, qui gardent ta poitrine,

Pour y glisser mes fleurs en te baisant les yeux.


Et tes yeux étonnés reconnaîtraient la terre

Dans les choses où Dieu mit le plus de douceur,

Puis tourneraient vers moi leur naissante lumière,

Tout pleins de mon offrande et tout pleins de ton cœur.


Oh ! Comprends ce qu'il souffre et sens bien comme il aime,

Celui qui poserait, au lever du soleil,

Un bouquet, invisible encor, sur ton sein même,

Pour placer ton bonheur plus près de ton réveil !


René-François Sully Prudhomme.

Consolation à Monsieur du Perrier sur la mort de sa fille
Le réveil
L'épitaphe Villon

Titre : La grand-mère

Poète : Sophie d'Arbouville (1810-1850)

Recueil : Poésies et nouvelles (1840).


Romance.



Dansez, fillettes du village,

Chantez vos doux refrains d'amour :

Trop vite, hélas ! un ciel d'orage

Vient obscurcir le plus beau jour.


En vous voyant, je me rappelle

Et mes plaisirs et mes succès ;

Comme vous, j'étais jeune et belle,

Et, comme vous, je le savais.

Soudain ma blonde chevelure

Me montra quelques cheveux blancs...

J'ai vu, comme dans la nature,

L'hiver succéder au printemps.


Dansez, fillettes du village,

Chantez vos doux refrains d'amour ;

Trop vite, hélas ! un ciel d'orage

Vient obscurcir le plus beau jour.


Naïve et sans expérience,

D'amour je crus les doux serments,

Et j'aimais avec confiance...

On croit au bonheur à quinze ans !

Une fleur, par Julien cueillie,

Était le gage de sa foi ;

Mais, avant qu'elle fût flétrie,

L'ingrat ne pensait plus à moi !


Dansez, fillettes du Village,

Chantez vos doux refrains d'amour ;

Trop vite, hélas ! un ciel d'orage

Vient obscurcir le plus beau jour.


À vingt ans, un ami fidèle

Adoucit mon premier chagrin ;

J'étais triste, mais j'étais belle,

Il m'offrit son cœur et sa main.

Trop tôt pour nous vint la vieillesse ;

Nous nous aimions, nous étions vieux...

La mort rompit notre tendresse...

Mon ami fut le plus heureux !


Dansez, fillettes du village,

Chantez vos doux refrains d'amour ;

Trop vite, hélas ! un ciel d'orage

Vient obscurcir le plus beau jour.


Pour moi, n'arrêtez pas la danse ;

Le ciel est pur, je suis au port,

Aux bruyants plaisirs de l'enfance

La grand-mère sourit encor.

Que cette larme que j'efface

N'attriste pas vos jeunes cœurs :

Le soleil brille sur la glace,

L'hiver conserve quelques fleurs.


Dansez, fillettes du village,

Chantez vos doux refrains d'amour,

Et, sous un ciel exempt d'orage,

Embellissez mon dernier jour !


Sophie d'Arbouville.

La grand-mère
Lorsque l'enfant paraît
A deux beaux yeux

Titre : Lorsque l'enfant paraît

Poète : Victor Hugo (1802-1885)

Recueil : Les feuilles d'automne (1831).


Le toit s'égaie et rit.

ANDRÉ CHÉNIER.



Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille

Applaudit à grands cris.

Son doux regard qui brille

Fait briller tous les yeux,

Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,

Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,

Innocent et joyeux.


Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre

Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre

Les chaises se toucher,

Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.

On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère

Tremble à le voir marcher.


Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,

De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme

Qui s'élève en priant ;

L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie

Et les poètes saints ! la grave causerie

S'arrête en souriant.


La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure

Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure,

L'onde entre les roseaux,

Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare,

Sa clarté dans les champs éveille une fanfare

De cloches et d'oiseaux.


Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine

Qui des plus douces fleurs embaume son haleine

Quand vous la respirez ;

Mon âme est la forêt dont les sombres ramures

S'emplissent pour vous seul de suaves murmures

Et de rayons dorés !


Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,

Car vos petites mains, joyeuses et bénies,

N'ont point mal fait encor ;

Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange,

Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange

À l'auréole d'or !


Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche.

Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche.

Vos ailes sont d'azur.

Sans le comprendre encor vous regardez le monde.

Double virginité ! corps où rien n'est immonde,

Âme où rien n'est impur !


Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire,

Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,

Ses pleurs vite apaisés,

Laissant errer sa vue étonnée et ravie,

Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie

Et sa bouche aux baisers !


Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j'aime,

Frères, parents, amis, et mes ennemis même

Dans le mal triomphants,

De jamais voir, Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles,

La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,

La maison sans enfants !


Mai 1830.


Victor Hugo.

Titre :À deux beaux yeux

Poète : Théophile Gautier (1811-1872)

Recueil : La comédie de la mort (1838).


Vous avez un regard singulier et charmant ;

Comme la lune au fond du lac qui la reflète,

Votre prunelle, où brille une humide paillette,

Au coin de vos doux yeux roule languissamment ;


Ils semblent avoir pris ses feux au diamant ;

Ils sont de plus belle eau qu'une perle parfaite,

Et vos grands cils émus, de leur aile inquiète,

Ne voilent qu'à demi leur vif rayonnement.


Mille petits amours, à leur miroir de flamme,

Se viennent regarder et s'y trouvent plus beaux,

Et les désirs y vont rallumer leurs flambeaux.


Ils sont si transparents, qu'ils laissent voir votre âme,

Comme une fleur céleste au calice idéal

Que l'on apercevrait à travers un cristal.


Théophile Gautier.