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Souvenirs de ma grand-mère.



Un siècle a disparu ; siècle de mon enfance,

Je glane avec bonheur parmi mes souvenirs,

Retrouvant du passé la douce jouissance

De mes premiers ébats, de mes premiers plaisirs.

Parmi ces souvenirs se détache sans cesse

Le visage adoré, rayonnant de tendresse,

De ma   bonne grand'mère avec ses cheveux blancs,

Son tricot à la main, nous racontant l'histoire

De Barbe-Bleue ouvrant la porte de l'armoire

Dont la clef rougissait entre ses doigts tremblants.


Joyeux temps ! Que j'aimais les contes de grand'mère !

Vieille et courbée, hélas ! sous ses quatre-vingts ans,

Elle se souvenait de la terrible guerre

Où Pornic fut brûlé. — Mes chers petits enfants,

Disait-elle, oh! que Dieu bien longtemps vous conserve

Et que d'un tel fléau toujours il vous préserve,

Car nous courions pieds nus, nous vivions dans les bois

Et nous mangions du blé grillé sur une tuile,

Lorsque les Vendéens occupaient notre ville

Dont nos yeux en pleurant voyaient flamber les toits.


Oui, mes enfants, j'ai vu sauter la poudrière.

Une gerbe de feu s'élança tout à coup.

M'écroulant à genoux, je fis une prière.

II ne restait plus rien de la maison Carou...

Et je comptais sept ans ; je n'avais pas votre âge.

Je gardais les troupeaux ; il fallait du courage.

Personne ne songeait à me donner du pain.

Deux jours auparavant j'avais perdu mon père,

Tué d'un coup de feu, tout auprès du calvaire,

En défendant Pornic, les armes à la main.


Je restais seule au monde ! Une bonne voisine

Me recueillit alors dans son humble maison.

Que faire en ce pays de mort et de ruine ?

La famine augmentait l'horreur de la saison.

La guerre nous couvrait de deuil et de carnage ;

J'errais, ainsi que tous les enfants de mon âge,

Car les brigands étaient de nouveau revenus,

Etendant l'incendie et fouillant nos retraites,

Embrochant tour à tour avec leurs baïonnettes,

Tantôt des pains entiers, tantôt des enfants nus.


Mes pauvres chers petits, aux cœurs bons et sensibles,

Ces tristes souvenirs doivent vous atterrer.

Oui, mes regards ont vu des choses si terribles

Que rien qu'en y songeant je me mets à pleurer.

Un matin, j'assistais à ce supplice atroce :

Un Pornicais broyé de nombreux coups de crosse,

Sans que personne, hélas ! ne vint le secourir...

Il tomba. Je revis au bout de notre rue,

Le soir, cette victime informe et demi nue.

Agonisant encore et ne pouvant mourir.


Plus lard, Napoléon, reprenant la campagne.

Emmena mon mari, car nul n'était exempt.

Il dut partir au loin, guerroyer en Espagne.

Je passai de longs jours à pleurer sur l'absent.

Nous étions quantité de femmes désolées,

Attendant le retour de ces grandes armées.

El la mort qui planait sur notre France en deuil

Fauchait les rangs entiers des vaillantes cohortes.

Nous restions à gémir sur le seuil de nos portes,

Sans même avoir l'espoir d'inhumer leur cercueil.


Cela dura longtemps, et la France criblée,

Couverte de blessés, de morts et de mourants,

Achetait cher sa gloire, et l'Europe affolée

Se ligua pour venger la mort de ses enfants.

Partout on vit surgir des soldats innombrables,

Et des canons hurlants, les voix épouvantables

Firent un dernier jour retentir les échos.

Puis tout se lut ; la mort plana sur la vallée.

L'ouragan s'apaisa ; la France, désolée,

Ne dut qu'à sa défaite un instant de repos.


Ali ! mes petits enfants, que de deuils, que de larmes!

Rien qu'à ce souvenir, tenez, je tremble encor.

Jusqu'à ce que chacun, apaisant ses alarmes,

Eut donné tout son sang, eut donné tout son or ;

Jusqu'à ce que l'Europe eut pansé ses blessures

Et qu'on eut rebâti les informes masures,

Triste ouvrage du feu, du fer ou des pillards ;

Jusqu'à ce que la paix, longtemps effarouchée,

Revint sécher les pleurs de la France fauchée,

En posant l'olivier sur tous les étendards.


Aujourd'hui, mes enfants, l'avenir semble rose,

Rien ne paraît troubler l'azur de votre ciel.

Vous ne pouvez pas voir l'épouvantable chose :

La guerre et tout son sang, la guerre et tout son fiel.

Soyez toujours heureux, et vivez sans alarmes,

Sans entendre parfois ce cri vibrant : — Aux armes !

Ce cri qui reste encor au profond de mon cœur

Comme le froid contact d'une lame d'épée.

Il reflète toujours la terrible épopée

Lorsque enfant je fuyais sous les pas du vainqueur.


Antoine Gautier


POEMES SUR PORNIC 5

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